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Le culte du corps et du bien-être dans l’Antiquité
Histoires d'eau

Le culte du corps et du bien-être dans l’Antiquité

À chaque époque sa relation avec l’eau et le corps. Les premières civilisations à avoir noué cette liaison intime ont inventé la notion de bien-être et l’art de la toilette et du bain…

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Le mot « hygiène » rend hommage à la déesse hellénistique de la santé : Hygie, fille d’Asclépios, dieu de la Médecine. Pratique millénaire, le bain s’est développé durant l’Antiquité, parallèlement aux préoccupations concernant la santé, teintées de croyances. Purification rituelle ou souci de propreté, Grecs, Perses, Égyptiens, Hébreux, Chinois… se plongeaient, frottés d’huile, dans les rivières ou des cuves polies. Ulysse en fait le récit au cours de son odyssée. Accueilli par la magicienne Circé sur son île, le héros grec relate que ses servantes ont fait chauffer de l’eau dans un chaudron de bronze avant de l’inviter à prendre un bain et lui verser de l’eau chaude sur les épaules « jusqu’à ce que toute sa fatigue eût disparu ». Une attention que les hôtes du monde grec réservaient, telle une politesse, aux invités à leur arrivée, spécialement s’ils rentraient auréolés d’une victoire au combat.

Assainir et revivifier

Dans la sphère privée, les Grecs utilisaient un bassin circulaire peu profond et mobile le « louterion », posé sur un pied ou une marche, sans connexion avec les arrivées d’eau, réservées au réseau public à l’exception des luxueuses demeures. Le rituel de la toilette est rudimentaire : afin d’ôter la transpiration, on se racle le corps avec un bout de fer recourbé, le « strigile », avant de se frotter avec une éponge gorgée d’eau, puis de se parfumer grâce à un « aryballe », flacon tenant dans la paume de la main dont procèdent les contenants actuels. La toilette quotidienne consistait en des ablutions ainsi qu’en l’application d’onguents dont les Égyptiens s’étaient fait une spécialité. Mais, pour garantir les vertus préventives et curatives de ces baumes, les Grecs privilégiaient l’eau froide, censée fortifier l’organisme, contrairement à l’eau chaude, suspectée de « ramollir » les chairs autant que l’esprit…

Esprit et corps sains

À l’instar des athlètes, la population se devait de pratiquer des exercices gymniques en plein air. Culte du corps oblige, champions de la palestre et citoyens lambda s’adonnaient à toutes sortes d’activités sportives. Si la sculpture a figé dans le marbre nombre d’éphèbes accomplissant des épreuves corporelles (course, lutte, javelot, pugilat, saut), les femmes étaient aussi associées à cet élan sanitaire, notamment au gynécée, partie de l’habitation qui leur était réservée.

Bien-être et premiers bains publics 

L‘eau permettait de se détendre après l’effort musculaire, grâce à des fontaines publiques puis au sein d’installations contiguës au gymnase qui prendront d’abord la forme de bassins pour la natation, avant d’être complétées par des étuves. Les Grecs ont commencé à populariser l’emploi des bains, dès la fin du ve siècle avant notre ère. Se passionnant plus encore pour les thermes à sa suite, la civilisation romaine optera en revanche pour l’eau chaude et la vapeur. Accessibles sans distinction de classe sociale, ces établissements publics dédiés au bien-être reposent sur un protocole de soin qui prévoit le passage par une succession d’étapes : le frigidarium (bain froid), suivi du tepidarium (bain tiède) et du caldarium (étuve). L’Empire se couvre rapidement de ces immenses infrastructures, financées par Rome et jouant un rôle décisif dans l’hygiène des populations. Souvent associés à une bibliothèque, ces bains deviennent des aires de culture et de socialisation où il est courant de venir lire, philosopher ou conclure des transactions. À la chute de l’Empire, et malgré des horaires distincts pour les hommes et les femmes, c’est la mixité qui précipitera leur déclin. Jugés immoraux, ils seront interdits par la Chrétienté.