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L’art du bain en Hongrie
Histoires d'eau

L’art du bain en Hongrie

Les Hongrois vont aux bains pour se soigner, se détendre, se rencontrer ou s’amuser. Ce sont les Romains puis les Turcs qui leur ont transmis le goût de la trempette en eau chaude !

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Située au cœur de l’Europe, dans le bassin des Carpates, la Hongrie est l’une des plus grandes réserves d’eaux thermales du monde. La croûte terrestre étant amincie, l’eau de la nappe phréatique sort bouillonnante sans avoir eu le temps de refroidir. 1 300 sources alimentent autant de bains thermaux. Ces eaux bienfaitrices, riches en minéraux, ont été découvertes au fil des siècles ou plus récemment lors de forages pour rechercher gaz et pétrole. Si finalement la Hongrie est pauvre en ressources énergétiques, elle a su tirer une richesse de ses sources chaudes et compte bien développer plus encore son tourisme médical, fort de son thermalisme hautement qualifié et de ses cliniques spécialisées en dentisterie et autres disciplines.

L’art du bain en Hongrie, un savoir-faire unique

Héritière d’influences orientales et occidentales, la Hongrie a développé un art du bain bien à elle qui mélange les pratiques (bains turcs, saunas, bassins de Kneipp, piscines thermales curatives, à vagues…) et s’adresse à tous les publics. Certains apprécient la volupté et l’ambiance tamisée des bains turcs où la nudité est permise et plus rarement la mixité. Les thermes médicalisés sont fréquentés par les curistes recherchant des bienfaits thérapeutiques parmi les nombreuses orientations labellisées (rhumatologie, dermatologie…). Dans les spas thermaux (avec ou sans hôtel), conjuguant soins médicaux et wellness, il est possible de profiter de traitements spécifiques ou plus universels (kinésithérapie subaquatique, massages aux pierres chaudes…). Les plages (strands), comprenant piscines thermales, pelouses et divers aménagements, attirent plutôt les familles en quête de loisirs. Pour ceux qui recherchent un lieu intimiste, les bains publics servent volontiers de café. On s’y rencontre pour discuter ou jouer aux cartes à l’ombre des terrasses. Dans les bassins extérieurs de Széchenyi, ce sont les joueurs d’échecs qui s’adonnent à leur passion tout en barbotant dans une eau à 38 °C. Quant à la jeunesse, elle préfère l’ambiance nocturne des bains indoor et outdoor. Les samedis soir, certaines piscines thermales se transforment même en discothèques aquatiques.

Une histoire complexe

Plusieurs occupants se sont accaparés les eaux miraculeuses de l’actuel territoire hongrois. Si les Celtes ont découvert les premières sources, ce sont les Romains qui, au 1er et IIe s., édifient des thermes dans leur cité d’Aquincum, un nom latin qui signifie « eaux abondantes ». Sous l’occupation ottomane (1541-1686), la balnéothérapie prend un nouvel essor grâce aux sultans qui font bâtir des bains à vocation médicinale. Avec leurs bassins octogonaux et leurs dômes percés d’oculi laissant filtrer la lumière, Király, Veli Bej, Rudas et Lukács sont emblématiques des bains turcs. Sous la monarchie austro-hongroise, au tournant du XXe s., la bourgeoisie européenne relance la mode du bain. Plusieurs établissements sont construits dans le style de la Belle Époque.
En témoignent, à Budapest, les bains Széchenyi avec leurs bâtisses jaunes néo baroques. Ou encore les luxueux bains Gellért, au bord du Danube, joyau de l’Art nouveau néo byzantin. Aujourd’hui, les architectes continuent de marquer l’histoire des bains avec des restaurations et des créations dans l’air du temps.

Budapest, capitale de la balnéothérapie

C’est en 1873 qu’Obuda est unifiée aux collines de Buda et à la plaine de Pest pour former Budapest, la capitale moderne de la Hongrie. Avec ses 123 sources thermales (de 21 à 78 °C), Budapest est élue capitale européenne de la balnéothérapie depuis 1934. On peut s’y baigner à toute heure et en toutes saisons, à ciel ouvert ou sous une coupole byzantine. Celle qu’on surnomme la « perle du Danube » est une métropole dynamique qui attire habitants et estivants tant par ses bains historiques que par son patrimoine culturel. Tout au long de l’année, peintres, musiciens et autres artistes sont invités à se produire lors d’événements culturels avec en toile de fond un décor féerique fait de monuments éclectiques, de jets d’eau et de volutes de vapeur émanant des bassins.

Les hauts lieux de l’eau

Budapest n’est pas la seule destination où prendre les eaux. Villes et villages thermaux sont partout dans le pays, au milieu d’une nature riche en points d’eau et parcs nationaux. À Héviz se trouve le plus grand lac thermal du monde avec une eau à 36 °C en été et 26 °C en hiver. Les grottes médicinales (Abaliget, Tapolca, Josvafö), concentrées en air pur et en eaux curatives, constituent une destination santé. Au Nord, la mofette de Mátraderecske est un bain sec unique en son genre dont les émanations de gaz volcanique ont plusieurs indications (peau, circulation sanguine). Dans la « vallée des spas » près d’Eger, outre de magnifiques bains turcs, le complexe thermal de Demjén séduit par ses couloirs souterrains d’eaux chaudes aux éclairages design. Les bains d’Egerszalók, cernés de collines de sel, sont aussi insolites.
Si les eaux minérales (en bouteilles, à la fontaine) permettent de faire le plein de santé, rien n’empêche, en traversant les régions viticoles, de goûter au « sang de taureau » ou autres fameux vins hongrois.