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Des latrines latines… au wc lavant
Histoires d'eau

Des latrines latines… au wc lavant

Trois ans de la vie d’un être humain* s’évaporent dans les wc, au gré de plus de 200 passages mensuels. En diagonale, l’histoire de ce petit coin où s’écoule tant de temps… et d’eau.
* ayant la chance d’avoir accès à des sanitaires privés

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Fondée il y a 15 ans, le 19 novembre 2001, la World Toilet Organization organise depuis, à date anniversaire, la Journée mondiale des toilettes, reconnue par les Nations Unies en 2013. Epaulée par les ONG et partenaires industriels du secteur sanitaire comme Roca et sa fondation We are water, Geberit, SFA ou encore Wirquin (…), la WTO s’efforce de remédier au fait – édifiant – que 2,5 milliards d’individus, ne disposent toujours pas d’accès à des installations sanitaires privées, soit 1/3 de la population mondiale. Alors que le XXIème siècle est bien entamé, presque autant de personnes sont obligées de déféquer en plein air (946 millions) que d’habitants sur le continent africain (1 100 millions) ! Les excréments étant des réservoirs à microbes, cette privation a des conséquences désastreuses sur la santé, particulièrement chez les femmes et les enfants, mais elle atteint aussi leur dignité. Les impacts sur l’environnement s’avèrent tout aussi négatifs à cause des eaux usées chargées de matières fécales en suspension qui sont évacuées vers les eaux de surface sans être traitées. Pour ces raisons alarmantes, la WTO milite activement pour le développement de systèmes d’assainissement durables.
 

L’hygiène antique

Pourtant, les premières citées assainies remontent à l’Antiquité. Au IIIème millénaire av. J.-C., dans la vallée de l’Indus, les chercheurs ont découvert des habitations pourvues de toilettes fonctionnant à l’eau grâce à des drains couverts de briques d’argile cuite. Des vestiges de réseaux ont aussi été révélés en Égypte ou en Chine ancienne (…). Au palais minoen de Knossos, site archéologique crétois de l’Âge du bronze, le mégaron de la reine comprenait une salle de bains pourvue d’une baignoire-sabot en terre cuite et d’un cabinet de toilette avec banquette basse et latrines reliées à l’égout. Vers 2 500 av. J.-C., les Grecs possédaient déjà des toilettes domestiques et des systèmes d’évacuation des eaux. Ils utilisaient des pièces spacieuses munies d’un système de drainage et équipées de bancs «percés», en bois ou en pierre. Un acquis civilisationnel qui perdure avec les romains. Collectives, les latrines publiques étaient fréquentées principalement par les riches citoyens. Sur le modèle des bancs grecs, de nombreuses personnes pouvaient prendre place côte à côte. Chaque orifice d’évacuation étant séparé d’environ 50 cm, ces lieux d’aisance non cloisonnés accueillaient aussi des discussions. Ce principe perdure encore en Chine où les wc sont souvent dépourvus de… porte. Un bâton prolongé d’une éponge servait à se nettoyer et pouvait être rincé dans une rigole aménagée dans ces vespasiennes, surnommées ainsi en raison d’un impôt voulu par l’empereur éponyme sur l’urine qu’utilisaient alors, comme détachant, les blanchisseurs.
 

Un règne sans trône

Cette culture sanitaire précoce ne survit hélas pas à la chute de l’Empire romain. Au Moyen Âge, alors qu’en Asie les excréments, évacués des étages vers des fosses, sont collectés pour servir d’engrais ou de carburant une fois séchés, la pestilence règne en Europe, y compris dans les châteaux. Les toilettes à chasse sont inexistantes, pas plus que les systèmes d’évacuation des eaux usées. Point de «trône» : chacun fait ses besoins à l’extérieur ou vide son pot de chambre dans le caniveau, comme les ordures.
 

Processus d’urbanisation

En 1596, la première chasse d’eau est inventée par Sir John Harrington, poète et filleul de la reine Élisabeth Ire d’Angleterre. Siège, réservoir, soupape… tout y est dejà. Mais l’invention débouchant sur une petite fosse d’aisance dans le jardin ne convainc pas et tombe rapidement dans l’oubli. Ce n’est qu’en 1775 qu’Alexander Cumming, horloger londonien qui fait depuis figure d’inventeur des wc modernes, redécouvre les «toilettes anglaises» qu’il équipe d’un siphon anti-odeur, ajoutant un tuyau courbé en forme de U, toujours d’actualité. La révolution sanitaire est ensuite déclenchée par la «Grande Puanteur» : à Londres et Paris, vers le milieu du XIXème siècle, la sécheresse a abaissé le niveau de la Tamise et de la Seine au point que les pouvoirs publics sont obligés de développer le tout à l’égout pour stopper les épidémies de choléra.
En 1870, Thomas William Twyford, potier britannique originaire de Hanley, imagine à son tour les premiers wc en céramique. Ce matériau plus hygiénique, plus facile à nettoyer et moins coûteux à produire permet enfin une industrialisation à moindre coût. La céramique a ainsi aidé les wc à s’imposer à large échelle.
 

Le standard de demain

Double chasse efficiente à seulement 2,6/4 litres, suppression de la bride, bâti-support pour cuvettes suspendues, traitements anti-bactériens (…), les wc boostent leurs performances grâce à l’innovation. D’un point de vue culturel, produits et usages évoluent désormais de concert. Le standard de demain est le wc lavant dont l’ancêtre date de 1957, conçu par le suisse Hans Maurer. Mixant cuvette et bidet, l’essai sera transformé en 1978 par Geberit qui lance le premier wc à abattant avec douchette intégrée que les Japonais adoptent avec à la clef un taux d’équipement record. Geberit, Toto (autre pionnier et leader), Roca, Laufen, Villeroy&Boch, VitrA, Saniclean (…) dynamisent ce marché porteur qui intéresse désormais les Français, en quête de plus de confort…

Claudine Penou