La route mythique du savon : des ateliers d'Alep...à Marseille - Concept bain
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La route mythique du savon : des ateliers d’Alep…à Marseille
Histoires d'eau

La route mythique du savon : des ateliers d’Alep…à Marseille

La référence du savon d’Alep

Rapportée d’Orient par les Croisés, la recette ancestrale des savonniers d’Alep est adoptée – et adaptée – en Europe au XIIème siècle, 300 ans avant les premières fabriques marseillaises.

savon alep

Savon-légende millénaire, celui d’Alep survivra t’il au conflit en Syrie alors que la Corvette Marseille perpétue depuis 120 ans un savoir-faire ancestral ?

Indissociable de la toilette, le savon a des origines très éloignées. Dans le temps, d’abord. Plus de 45 siècles nous séparent de l’invention de ce héraut/héros de l’hygiène corporelle présenté comme un « instrument de propreté » par les traités hygiénistes à l’aube du XXème siècle. Géographiquement, ensuite. C’est en Mésopotamie, berceau de l’Histoire, que les archéologues ont retrouvé des traces écrites du procédé primitif de saponification. La première est gravée sur une tablette en Sumérien datant de 2500 av. J.-C, le système cunéiforme demeurant la plus ancienne langue écrite connue au monde. Selon les artefacts mis au jour, le savon était, à cette époque, utilisé à des fins médicales et servait également à laver la laine. Cette toison nous ramène, en quelque sorte, à nos moutons. Du moins une partie… Car le mélange d’huile issue de graisse animale (d’ovins donc, mais aussi de chèvres, de chameaux…) avec de la cendre est alors, en Europe du Nord, à l’origine d’un grand nombre de recettes ancestrales dont procèdent par exemple celle des Gaulois qui, en matière de suif, troquent volontiers les bêtes à laine contre des… sangliers. Le produit de cette formule nettoyante partagée plus généralement avec l’ensemble du monde Celte est une pâte molle, une pommade dont les vertus cosmétiques se limitent à faire briller les cheveux ou à les « rougir » (cf. Pline, Naturalis historia, 28), connue sous le nom de « sapo ». Ce mot gaulois qui aurait donné le français « savon ».

Le savon, de caravanserails en caravanes

Si ce vocable est à rapprocher également du latin saponem (accusatif de sapo, saponis), c’est qu’une autre méthode se développe dans tout le pourtour méditerranéen, opposant au produit pâteux apprécié en terre kymrique une texture solide, issue d’un process et d’ingrédients bien différents. Car, contrairement au savon animal, les Phéniciens ont, 1000 ans avant J.-C, commercialisé une version à base d’huile d’olive et de soude végétale, facilitée par le développement de la culture de l’olivier depuis la haute antiquité, notamment en Syrie et en Grèce. Grâce à leurs nombreux comptoirs de commerce, têtes de pont de l’expansion de cette brillante civilisation, ces navigateurs-colonisateurs venus de la bande côtière syro-palestinienne ont popularisé le savon dur. Associant huile d’olive et huile de baies de laurier aux propriétés aseptisantes, le savon d’Alep, le plus ancien savon syrien, fait figure encore aujourd’hui de référence, pour ses vertus cosmétiques et dermatologiques. Face à la réalité du conflit syrien, la production et l’acheminement de ce savoir-faire immémorial sont devenus un défi. L’exportation quasi interrompue, les stocks s’épuisent et nul ne sait si ce monument de l’artisanat oriental survivra à la guerre civile qui fait rage – et ravage – le pays. Reste que la production aleppine a connu un développement bien au-delà du Moyen-Orient, rapportée dans leurs bagages par les chevaliers de retour de Terre sainte…

Le savon de pure tradition marseillaise

A partir du XIIème siècle, des savonneries se développent dans les « têtes de ports » marchands de la Mare Nostrum que sontAlicante, Malaga, Naples, Gênes, Bologne, Venise, Galipoli… puis à Toulon (qui eut un temps le monopole de la fabrication du savon) et Marseille où la production s’intensifie au XVème siècle jusqu’à s’industrialiser au XVIIIème siècle. Préparé avec de l’huile d’olive et de la soude, le savon traditionnel de Marseille bénéficie de l’invention de la soude caustique, en 1791, par Nicolas Leblanc (1742-1806). Alors que la soude prenait jusqu’alors la forme – chargée d’impuretés – de carbonates de sodium recueillis auprès de lacs salés ou issus du brûlis de plantes marines comme les salicornes, ce grand chimiste met au point un procédé d’extraction de la soude ou carbonate de sodium à partir du sel marin. Pour le soin du corps ou l’entretien de la maison, le savon de Marseille cuit au chaudron construit alors sa réputation.

Claudine Penou