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La toilette de la Renaissance au XVIIème siècle
Histoires d'eau

La toilette de la Renaissance au XVIIème siècle

Aux XVIème et XVIIème siècles, l’eau est vilipendée, tel un poison qui s’infiltrerait dans le corps pour détruire les organes. De cette aversion nait un usage : la toilette sèche.

la toilette à la renaissance

Abraham Bosse (d’après) – La Vue (femme à sa toilette), après 1635. Crédits photo : Musée des Beaux-Arts de Tours

A l’issue du Moyen-Âge, l’Église jette l’anathème sur les établissements de bains. Cette condamnation rappelle l’élan de rigorisme qui avait déjà sonné le glas des thermes à la chute de l’Empire romain, dans une volonté politique de prohiber tout stigmate de la culture antique. Mais si, collectives et festives, les étuves sont des lieux de promiscuité que la morale chrétienne vitupère, vers 1565, la réprobation de la nudité n’est pas la cause principale de déclenchement d’une vague de fermetures sur ordonnance. Les bains publics sont surtout accusés d’offrir de véritables chaudrons de contagion aux épidémies qui déciment l’Europe et contre lesquelles la science demeure impuissante. Soupçonnant l’effet conjugué de la vapeur et de l’eau chaude, les médecins invoquent la dangereuse perméabilité de la peau par laquelle les pires fléaux sont supposés pénétrer les corps. Pire, alors que peste et syphilis s’immiscent dans l’organisme, la croyance veut en ce temps-là que les forces vitales s’écoulent irrémédiablement par les pores, affaiblissant le malade pour le mener une mort certaine. « Pour le bain, sont alors les veines ouvertes, si bien que l’eau pourrait aller dans les principaux membres du corps et mettre leur vertu à néant » affirme un traité du XVème siècle sur le régime de santé. Mis à l’index par idéal ascétique et par-dessus tout pour « raison » thérapeutique, l’art du bain s’éclipse jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Porte d’entrée supposée à toutes les malédictions, cette chair que l’on ne saurait voir à découvert impose donc une nouvelle pratique… 

La toilette sèche, en usage de la Renaissance au XVIIème siècle 

Avant la toilette, l’habit propre fait la propreté 

Durant deux cent ans, eau et nudité stigmatisent toutes les méfiances, à l’exclusion des pratiques médicales encadrées de strictes recommandations et des immersions revigorantes dans le flot des rivières. Au bain et aux ablutions, la population préfère désormais « l’essuiement ». Cantonné furtivement au visage ou aux mains, ce nouveau rite de la toilette s’effectue en privé au moyen de serviettes imprégnées d’une solution d’eau alcoolisée, à base de vinaigre. Il s’agit davantage de se frotter que de se laver. Au XVIème et XVIIème siècles, les soins du corps sont en manifeste régression et le bain un cérémonial rare, réservé à l’aristocratie ou aux voyages, qui se prend en privé mais entouré de domestiques, de proches, de visiteurs, comme représenté souvent en peinture. Une involution que compense un progrès : le linge de corps,rapidement adopté dans le sillage des cours italiennes, très au fait de ce raffinement. Plus celui-ci est éclatant, plus la netteté des habits est manifeste. Le linge de corps devient le symptôme du statut de la personne, le marqueur de son rang social. Il est même l’indice premier de sa « propreté », mot dont le sens s’infléchi pour désormais qualifier le linge qui « sert à tenir le corps net » selon les termes du médecin Louis Savot, en 1624. La mode des cols, manchettes et autres voiles immaculés bat son plein auprès de la haute société. L’époque sacralise l’apparence et l’entretien des habits, qui par leur complexité représentent la quintessence du luxe, se substitue le plus souvent à l’usage du bain.

L’art d’embellir

Pour camoufler les odeurs, le parfum compte parmi les artifices les plus prisés. A la limite de l’écoeurement, il se mêle à des poudres ou se présente sous forme solide, comme la « pomme de senteur », bijou de métal précieux ciselé contenant de l’ambre gris, de la civette ou du musc auquel on prêtait des vertus prophylactiques. En Europe du Nord, dans les portraits de bourgmestres, l’objet symbolise leur responsabilité sanitaire vis-à-vis de la population. Appliqués face au miroir dans la chambre, le boudoir ou la « garderobe», les fards rosissent les joues, le « poudrage » rend le visage diaphane et blanchit perruques et chevelures, que personne ne peigne ni ne lave plus. Une petite table sur laquelle la « toilette » (une fine nappe de lin brodé de soie et de dentelle) est disposée accueille le nécessaire : miroir, brosse à vêtements, boites à poudre et onguents, couteau et stylet pour gratter les ongles ou la langue, cure-dents et cure-oreilles…