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La tradition du bain japonais
Histoires d'eau

La tradition du bain japonais

Au pays du Soleil levant, le bain est un rituel qui associe propreté du corps et pureté de l’esprit. Plaisir hédoniste et facteur de lien social, le bain japonais symbolise un art de vivre.

bain japonais

Hakuba Happo Hot Spring – Nagano ©Tourism Commission of Hakuba Village/©JNTO

Ce n’est pas un hasard si les Japonais nourrissent une passion nationale pour le bain. Formé de grandes et de petites îles, l’archipel volcanique est émaillé de nombreuses sources d’eau chaude jaillissant de bassins rocheux et dans lesquels se baignaient déjà les Nippons, il y a 2000 ans. On en recense plus de 27 000 sur tout le territoire. Naturelles ou aménagées, elles constituent une destination prisée pour les loisirs et des retraites santé revitalisantes. Les temples furent les premiers lieux, dès le VIe siècle, à utiliser l’eau chaude et la vapeur pour les rituels de purification. Les onsen (stations thermales) et les sentô (bains publics) ont par la suite développé la pratique du bain.

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@Showado co.ltd ©IKI CITY ©Iki City Tourism Federation ©JNTO

L’esprit shinto

Malgré sa soif de modernisme, le Japon reste attaché aux traditions ancestrales qui ont forgé sa culture. Le shinto, religion animiste originelle influencée ultérieurement par le bouddhisme et le confucianisme, privilégie l’harmonie avec la nature et la cohésion sociale. Simplicité, raffinement et respect caractérisent cette culture présente dans tous les domaines de la vie : habitat, arts, jardin, cuisine, coutumes. Dans l’art du bain, l’esprit shinto invite à la détente et au partage. On entre dans les eaux chaudes, claires ou sulfureuses, en étant nu ou enveloppé d’une serviette s’il s’agit de bains mixtes (kon-yoku). Mais surtout, il faut être propre avant de s’immerger car les eaux des kami (divinités shinto) ne sauraient supporter les souillures. La première étape est donc de laisser ses vêtements et ses soucis au vestiaire, puis de se laver et de se rincer soigneusement avant d’entrer dans le bain commun. Savon, shampooing, serviette en guise de gant de toilette, petit tabouret pour s’asseoir et cuvette idéalement en bois sont à disposition dans les antichambres du bain. À ces accessoires traditionnels, s’ajoutent le kimono en coton (yukata) et l’incontournable petite serviette blanche permettant de s’éponger à la sortie du bain.

Pour les Japonais, l’action de débarrasser son corps de toutes traces de transpiration et de saleté a en même temps pour effet de nettoyer l’esprit.

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Yakuo-in Onsen Temple – Yamashiro Hot Spring © JNTO

Merveilleux onsen

Connues pour leurs propriétés thérapeutiques, les sources chaudes sont aménagées en auberges traditionnelles (ryokan) ou en stations thermales (onsen). Naturellement chauffées par le sol volcanique, ces eaux permettent deux types de bain : individuel et en plein air (rôtenburo) ou collectif et en bassin abrité. Parmi les 3 185 stations thermales recensées par le ministère de l’environnement japonais, 64 d’entre elles bénéficient d’un agrément par le ministère de la santé. Certains onsen offrent des bains de sable et de boue chaude très prisés par les curistes. De quoi varier la carte des plaisirs et des bienfaits santé !
La température de l’eau, comprise généralement entre 39 et 42 °C, nécessite d’entrer progressivement dans le bain avant d’aller s’installer, eau jusqu’au cou, pour un moment de détente absolu. La chaleur enveloppante produit un effet relaxant et facilite la recharge en minéraux de l’organisme. Le bain a aussi une action désinhibitrice. Il permet d’entrer en osmose et facilite les échanges avec les autres baigneurs. L’une des pratiques après le bain consiste à aller s’isoler dans le plus simple appareil pour contempler la nature. Poésie des lieux, plaisir des sens, sérénité, sensation d’harmonie, absence de signes sociaux distinctifs : toutes les conditions sont réunies pour accéder à l’essentiel et à l’intemporel tant sur un plan personnel que collectif.

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Kusatsu Hot Spring ©Kusatsu Onsen Tourism Association/©JNTO

Le sentô, une pratique citadine

Le bain public est une tradition sociale encore très vivante dans les quartiers bien qu’elle ait diminué après les années 1970, avec l’apparition de la salle de bain individuelle. Il se pratique dans un grand bassin d’eau chaude (yuya) ou dans un bassin peu profond diffusant de la vapeur (mushiburo). On trouve toutes sortes d’établissements utilisant le réseau d’eau de la ville, des plus traditionnels et modestes (généralement en bois) aux plus modernes (avec saunas, jacuzzis, bains à bulles électriques, etc.). Depuis l’ouverture du Japon à l’Occident, les sentô sont majoritairement séparés en deux zones, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes et les jeunes enfants. Les habitués apprécient de s’y retrouver entre voisins ou collègues pour se détendre, bavarder ou méditer dans le jardin attenant. On trouve environ 4 800 sentô et 22 000 maisons de bains se rapprochant davantage des spas et proposant de multiples services.

Le furo, la baignoire individuelle

À l’origine en bois lisse (hinoki, sugi), le furo (ou ofuro) est assez profond pour pouvoir s’immerger jusqu’au cou une fois assis. Il est muni d’un couvercle permettant de garder la chaleur de l’eau et est entouré par un plancher avec évacuation d’eau. Les versions modernes peuvent être en pierre ou dans des matériaux bon marché, en différentes tailles et formes (circulaires, ovales, carrées). Le furo peut aussi être creusé à même le sol dans la salle de bain. Le rituel du bain privé obéit à un protocole précis. Là encore, on rentre dans le furo une fois lavé et rincé ; l’eau du bain reste propre peut servir à toute la famille ou à des invités. Traditionnellement, on se baigne avant le dîner pour se purifier avant la nuit et surtout en famille pour renforcer les liens intimes. Pour les Japonais, l’action de débarrasser son corps de toutes traces de transpiration et de saleté a en même temps pour effet de nettoyer l’esprit.