The Tokyo Toilet : un large projet de rénovation de toilettes publiques aux allures d’expérience sociale - Concept bain
close
The Tokyo Toilet : un large projet de rénovation de toilettes publiques aux allures d’expé...
Actualités - Actus

The Tokyo Toilet : un large projet de rénovation de toilettes publiques aux allures d’expérience sociale

The Tokyo Toilet s’attaque à l’insalubrité des toilettes publiques de la capitale japonaise par la rénovation de 17 d’entre-elles dans le quartier de Shibuya. Conçus par de grands noms de l’architecture et du design japonais, ces sanitaires publics sont également l’occasion de sensibiliser la population nippone à l’importance de garder ces lieux propres et accessibles pour autrui.

Rémi de Marassé

Toilettes signées Takenosuke Sakakura, et installées dans le parc Nishihara Itchome © Satoshi Nagare – The Nippon Foundation

Initié en août 2020 avec la rénovation d’une première toilette publique, le projet “The Tokyo Toilet” arrive bientôt à son terme. Alors que treize d’entre elles sont aujourd’hui terminées, la totalité des dix-sept toilettes publiques constitutrices du projet devrait être achevée d’ici la fin de l’année 2022.

Ces rénovations successives sont à mettre à l’initiative de l’ONG japonaise spécialisée dans l’innovation sociale “The Nippon Foundation”, en collaboration avec le quartier de Shibuya, l’un des vingt-trois arrondissements de la capitale Tokyo.

Pour l’occasion, l’ONG a confié la conception de ces sanitaires publics à seize architectes et designers de renommée mondiale, dont Tadao Ando, Shigeru Ban, Fumihiko Maki et Toyo Ito, tous quatre récipiendaires du prix Pritzker (l’équivalent du Prix Nobel d’architecture, NDLR).

Presque entièrement libres de toute contrainte en matière de conception, ces personnalités se devaient toutefois de proposer un espace sanitaire universel, pouvant être utilisé par tout le monde. Ainsi, chaque architecte propose une expérience sanitaire différente selon lieu d’implantation : les toilettes font office de lanternes dans les zones peu éclairées et illuminent les alentours, tandis que dans les parcs, elles arborent des lignes sculpturales, par exemple.

Favoriser l’esprit d’hospitalité

Toilettes signées Nao Tamura, et installées à côté de la station de bus Hagashi Sanchome © Satoshi Nagare The Nippon Foundation

The Tokyo Toilet s’apparente à une expérience sociale dans sa volonté de promouvoir une société inclusive, où les toilettes publiques sont accessibles à tous, quels que soient l’âge, le sexe ou le handicap. Et quoi de mieux pour cela que de l’implanter à Shibuya, un quartier de 200 000 personnes (une population diurne de 500 000, NDLR) considéré comme une plaque tournante de la culture japonaise, et comme un centre de la mode avec sa très populaire tour 109, qui abrite une centaine de boutiques de vêtements ?

Il s’agit notamment de favoriser l’esprit d’hospitalité, notion extrêmement importante au Japon. En effet, les toilettes y sont considérées comme un miroir de la société. Ceci implique donc des protocoles de nettoyage renforcés et des comportements irréprochables pour garantir un espace propre à l’utilisateur suivant.

Outre la dimension esthétique, le projet “The Tokyo Toilet” met ainsi l’accent sur l’entretien et la maintenance de ces espaces sanitaires publics. Chacun est nettoyé trois fois par jour, inspecté mensuellement par un agent dédié et connaît un lavage annuel soigné de ses murs extérieurs, de ses appareils d’éclairage et de ses ventilateurs.

Dans un souci de sensibilisation des populations les plus jeunes, des ateliers pratiques de nettoyage à destination des enfants sont mis en place, afin de les sensibiliser à l’importance des installations publiques, et de les inciter au civisme.

L’image des agents d’entretien est également redorée auprès des adolescents par l’intermédiaire du bleu de travail : l’uniforme est rendu trendy grâce à Nigo, directeur artistique de la maison de mode Kenzo, chargé de le dessiner.

Les quatre “K”

“The Tokyo Toilet” s’inscrit dans une démarche de revalorisation de l’image de ses toilettes publiques, surnommées quatre “K”, lancée il y a près de quarante ans. En effet, dès 1985, le professeur Nishioka, de l’université Keio, et son groupe de recherches composé de médecins, d’urbanistes et de fabricants de toilettes, cherchent un remède à ces toilettes kitanai (“sales”), kusai (“malodorantes”), kurai (“sombres) et kowai (“effrayantes”), délaissées par les habitants, à l’exception de quelques rares personnes comme les chauffeurs de taxi. Un paradoxe lorsqu’on connaît la réputation exemplaire des toilettes japonaises, mondialement reconnues pour leur propreté et leur fonctionnalité.