L’ émergence de l’hygiène moderne au XIXème siècle - Concept bain
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L’ émergence de l’hygiène moderne au XIXème siècle
Histoires d'eau

L’ émergence de l’hygiène moderne au XIXème siècle

Quand, encouragée par les pouvoirs publics, la science se met au service de la propreté pour faire converger progrès techniques et mentalités, la pratique de la toilette évolue et l’hygiène se démocratise…

Alors que Paris comptait dans les années 1770 moins de dix établissements publics de bains pour un demi-million d’habitants, leur nombre croît de manière prodigieuse au cours du XIXème, surtout sur la rive droite où se cantonnent les quartiers aisés. Ces infrastructures peuvent proposer jusqu’à 80 cabines privatives, des bains de vapeur et de fumigation, une piscine (…), à l’instar des fameux «Bains du Sieur Albert» agréés dès 1783 par la Faculté de médecine et implantés au coin de la rue Bellechasse, à l’emplacement de l’actuel musée d’Orsay. En 1873, 186 bains sont répertoriés dans la capitale. Une raison essentielle à cette croissance soutenue : le courant hygiéniste.

Peinture le bain Steinlem

Théophile Alexandre Steinlem, Le Bain, 1902. Pastel sur papier. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts / J.C Ducret. Acquisition 1936.

 

La lente marche vers le progrès

Sous la Deuxième République, l’hygiène est encore une notion balbutiante : les Français de l’époque goûtent encore rarement aux délices du bain, avec une immersion tous les… deux ans en moyenne. Il faut dire que les idées reçues ont la vie longue et ne favorisent guère le contact prolongé avec l’eau, entourée de toutes les suspicions tandis que d’aucuns, notamment dans les campagnes, considèrent encore la saleté comme un rempart aux affections. Honni depuis la fin du Moyen-Âge parce que considéré comme agressif pour le corps et in fine la santé, le bain commence à se défaire des préjugés. Les premiers acteurs de ce changement sont les médecins, qui appuient le discours hygiéniste et lui donnent une certaine caution auprès de la population.

Éduquer aux nouveaux usages

Comme tous les phénomènes d’acculturation, l’adoption des pratiques qui préfigurent les nôtres aujourd’hui s’avère extrêmement lente. Outre le corps médical, parmi les maillons de cette intégration figurent aussi l’armée, les syndicats ou encore les instituteurs qui effectuent chaque matin la fameuse « visite de propreté », inspection minutieuse de la toilette des écoliers. Linge, ongles, mains, pieds… ce rituel participe efficacement à la connaissance (et à la transmission) des bons usages pour (et par) les jeunes générations. Autre preuve, symptomatique de l’engagement des pouvoirs publics : en 1883, Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et immuable promoteur de l’école publique gratuite et obligatoire, supprime la leçon de catéchisme pour lui substituer celle d’hygiène corporelle, qui intègre ainsi très officiellement les programmes scolaires.

L’hygiène sur le modèle des villes anglaises

Au chapitre des Sciences, la découverte des germes et la démonstration de la théorie de l’origine microbienne des maladies contagieuses par Louis Pasteur joue également un rôle fondamental dans les avancées en matière de salubrité. Le pionnier de la microbiologie met en lumière la nécessité de traiter l’eau pour la rendre potable avant de donner accès à celle-ci à la population. Dans le dernier quart du XIXème siècle, les réseaux de distribution d’eau commencent se développer, sur le modèle des villes anglaises, pionnières. A Londres, au mitan du XIXème siècle, 300 000 logements sont déjà pourvus en eau courante et toilettes et un vaste réseau d’égouts a été mis en place, comme à Bruxelles ou Berlin. Ces préoccupations sanitaires naissantes favorisent des progrès déterminants qui ont à leur tour des répercussions logiques sur l’hygiène corporelle : rendre l’eau propre à la consommation humaine, l’acheminer par des adductions, évacuer ensuite les eaux usées… Rendue peu à peu accessible, l’eau devient non seulement un bien de consommation mais un facteur de progrès, notamment en ville. Car, si la plomberie se développe dans les zones urbaines, un fossé se creuse avec « l’habitat des champs ».

La toilette, un motif de la vie contemporaine

Les salles de bains étant encore rares et réservées au confort de la grande bourgeoisie, les ablutions quotidiennes s’accomplissent dans les pièces chauffées : à disposition sur une table ou la coiffeuse, le broc et la cuvette de faïence s’utilisent dans la chambre ou la cuisine, y compris la bassine en zinc que l’on nomme tub. Tandis que les premières publicités pour le savon font leur apparition, un nouveau motif pictural met en lumière ce moment de grâce et d’intimité : la femme à la Toilette, sujet-phare de l’impressionnisme.